L’innovation au bénéfice des équipes : repenser le récit de l’écologie

Disons le tout net : l’écologie est un naufrage conceptuel sans fin ! Après l’éco-développement, le développement durable, la croissance verte, la décroissance, l’autonomie conviviale, la transition et le survivalisme , voici déjà l’effondrement (avec en “science incarnée” la collapsologie), dont les chantres, le sourire en coin, nous promettent des lendemains qui déchantent ! Comment décliner ces éléments dans le monde de l’entreprise ? Si les modes managériales y font florès, force est de reconnaître le succès constant des normes, labels, procédures et autres référentiels… et leur incapacité à endiguer la crise environnementale et sociétale majeure que nous vivons, et qui est pour beaucoup encore devant nous. Bref, dans un monde d’infobésité redoutable, et dans une incapacité à concevoir un récit positif, n’est-il pas temps de revenir à l’intuition des équipes, à leur flair sans faille, et à une confiance à renouveler avec eux et avec les citoyens ? Si les fablabs ont réussi à toucher le grand public, il est possible que les labs d’innovation touchent également les entreprises. N’est pas start-up qui veut, mais repenser l’utilité sociale et environnementale est la portée de tous.

Plastiques : le naufrage de l’ACV

Une baleine en 2019…

Bien sûr que la mise en scène de cette photo est artistique, Greenpeace aime marquer les esprits. Il n’est, malheureusement, pas rare de trouver, de nos jours, plus de 40 kilos de plastique dans des cétacés…

Au niveau mondial, nous produisons désormais 10 tonnes de plastique par seconde. Il n’est pas rare, non plus, de trouver des microplastiques dans l’eau que nous consommons…

L’inventeur de l’analyse de cycle de vie, Coca-Cola, vient à peine de dévoiler ses chiffres réels de mise sur le marché de plastique (base de son succès commercial, et attention environnementale fortement documentée) : 3 millions de tonnes par an (secret jalousement gardé jusqu’ici dixit les Echos, et rendu public dans un rapport de la fondation Ellen Mac Arthur il y a quelques jours). On y apprend aussi que les principales multinationales refusent toujours de dévoiler leurs chiffres de consommation de plastique… Il faut bien se partager les 400 millions de tonnes restantes, estimées par l’Université de Californie (Coca-Cola n’est donc qu’une paille !)…

Alors oui, on peut lire des études d’impacts (ou ACV pour les habitués) sur quelques produits, qui visent, souvent, à battre en brêche l’intuition (cette mauvaise fille) et les idées reçues (ses amies intimes). De là, des vérités révélées (quand on oublie de lire les précautions d’usage – et les scenarii retenus – de toute étude basée sur de calculs et non de la mesure)… Le jetable meilleur que le réutilisable (car cela évite du transport), le bio et le local pas si bons (car cela utilise plus d’énergie), les pesticides moins dangereux que l’eau chaude (car il faut bien produire l’eau chaude avec des centrales, nucléaires ou non), le gazon synthétique plus écolo que le gazon naturel (car il évite la plupart des produits précédemment cités et fait un usage massif de pneus recyclés, dont les impacts sanitaires viennent récemment d’être par ailleurs étudiés…)…

S’il est, bien évidemment, toujours préférable de faire tourner une batterie de bases de données, pour améliorer la connaissance, force est de reconnaître le caractère partial et orienté de tout ceci. Oui, il faut éviter les transferts d’impacts potentiels (qu’on ne mesure qu’à moitié)… mais les impacts avérés, eux, ne nous évitent plus !

Depuis 1950, plus de 8 milliards de tonnes de plastique ont été produits dans le monde… Une étude publiée dans la revue Science Advances nous prédit même bientôt une tonne de déchets plastiques par habitant (avec un affichage environnemental A+++ pour nous rassurer de la bonne qualité écologique sur l’ensemble du cycle de vie ?).

Certains scientifiques (Per Espen Stoknes, Sylvie Granon…) nous alertent sur le fait que le cerveau humain nie le réchauffement climatique et minimise son impact… Pas certain que des études d’impacts évités (avec moults histogrammes à la baisse) aient une capacité de changer, par l’opposé, les limites de la barrière de la dissonance cognitive.

Il y a la barrière de corail aussi, et les limites, désormais visibles, de la planète. Qui se mesurent désormais plus qu’elles ne se calculent.